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Jacques Rancière

le-spectateur-emancipe
Jacques Rancière
~ Rangé dans : Extra
∞ Publié le 18 décembre 2015
http://news.vincent-bonnefille.fr/2015/12/18/jacques-ranciere/
PDF auto-généré et (donc) partiel

Le spectateur émancipé de Jacques Rancière
La Fabrique éditions, 2008, 145 p.

http://appareil.revues.org/804#ftn1

Au cœur du livre, Rancière développe une théorie du loisir (qu’il nomme émancipation), qui vaut aussi bien contre ceux qui pensent qu’un artisan doit rester attelé à sa tâche parce qu’il n’a pas le temps de s’intéresser à autres choses (Platon : à la politique en particulier) que contre ceux, comme les révolutionnaires pédagogues de type léniniste, qui soumettent l’action politique à la connaissance, à la prise de conscience de leur aliénation par les ouvriers. Ce sont les archives ouvrières du xixe siècle qui lui ont fait découvrir un mode d’émancipation allant de pair avec une déterritorialisation, une désidentification, qui, aux yeux du sociologue sont scandaleuses (l’individualisme !) parce qu’elles remettent en cause le lien social. N’oublions pas qu’il s’agit là de la constatation initiale de Durkheim, fondateur de la sociologie et de la raison d’être de la nouvelle discipline. Pour un Bourdieu, le paysan comme l’ouvrier, quoi qu’ils fassent, ne peuvent que rester à leur place, parce que la société est en perpétuelle reproduction à l’identique, les échappées individuelles ne sont pas significatives et ne font que conforter la domination, faisant croire à tort qu’un saut hors de la condition sociale d’origine est possible, voire souhaitable.

C’est pour les besoins de l’analyse que Rancière distingue régime éthique et régime représentatif, car ils ont en commun d’être des puissances de destination, a contrario du régime esthétique qui suppose un appareil (le musée) qui met entre parenthèses toute destination5, rendant ainsi possible l’émergence du jeu esthétique face à l’indétermination de l’image. S’il y a un régime politique qui correspond parfaitement au régime esthétique, c’est bien la démocratie. Car la démocratie, c’est la désincorporation de la société, c’est l’effondrement des repères symboliques traditionnels, c’est l’expérience, dans tous les domaines, de l’indétermination. C’est celle que l’on fait aujourd’hui dans une galerie d’arts contemporains. Donc, qu’il y ait rabattement du régime éthique sur le régime esthétique ou du régime représentatif sur le régime esthétique, il y a toujours une figure quelconque de la communauté et du lien social traditionnel qui s’impose, ce qui entraîne nécessairement le partage entre ceux qui savent et ceux qui ignorent (les raisons d’agir, les valeurs sociales, etc.) Ce qui implique que ces deux logiques, à un moment ou à un autre, se conjoignent en une seule, qui exerce sa puissance de destination, et que l’essentiel de l’analyse de Rancière vise à conforter l’exemplarité du régime esthétique comme suspension de toute destination.


Notesdelectures (wordpress.com)

Rancière affirme ici qu’un art, créant le dissensus, évolue en processus de subjectivisation politique : fendant l’unité du donné et l’évidence du visible pour dessiner une nouvelle topographie du possible. L’art rejoint par conséquent la politique : tous deux répondent à cette dynamique de dissensus en reconfigurant l’expérience commune du sensible.

Condamnant l’art activiste comme toutes autres tentatives d’infiltrations trop grossières de l’art en politique, Rancière perçoit l’art véritablement critique comme un art qui comprend que son effet politique passe par une distance esthétique. Un art qui au lieu de vouloir supprimer la passivité du spectateur, en réexamine l’activité.