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Capitaux

Julien-Prévieux, Forget the Money, 2011.
Livres de la bibliothèque personnelle de Bernard Madoff (conseillé crédité à l'origine d'une escroquerie - système de Ponzi) Imprimer le contenu Internet ArchiveSave Archive
Capitaux
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∞ Publié le 29 mars 2019
http://news.vincent-bonnefille.fr/2019/03/29/capitaux/
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État de l'art / littérature

Les ouvrages romancés sur le brouillage informationnel, les lanceurs d'alerte, les Anonymous sont nombreux. J'en citerai deux qui rappellent des modes de lutte contre la surveillance et indexations de la criminalité.
Comment faire contre pouvoir aux instruments de contrôle ?

Clip de présentation de Metahaven au sujet de Black Transparency avec un esthétisme très "digital"

De très nombreux ouvrages traitent des origines et essor des crypto-monnaies et les Crypto-anarchistes... avec plus ou moins d'emphase et de story-telling.

Les auteurs d'ouvrages ou de recherches en science de l'information réalisent des communications et conférences d'explicitation des résultats de leurs études portées sur des réseaux d'anonymisation. Deux approches complémentaires s'opposent ou se complètent selon leurs méthodologies et propos. Elles se basent sur des faits rapportés ou produits par les chercheur·se·s dans des processus exploratoires ou de vérification factuelle. Les réseaux d'anonymisation et en définitive toute technologie complexe (surtout si elle est soutenue par des formules mathématiques dont les fonctions peuvent avoir des résultats contre-intuitifs à nos usages quotidiens) nécessite un certain apprentissage technique parfois poussé.

Leurs effets inventant ou révélant d'autres façons d'être ou d’interagir au monde ils produisent des comportements hors-norme, parfois spectaculaires. Selon leur domaine de recherche et discipline qui y sont rattachées ces études s'intéressent à ces milieux socio-techniques ont nécessairement un rôle de vulgarisateur. Ils s'attachent aux données techniques pour rende compte des moyens techniques qui précèdent aux usages sociologiques.

Sarah Jamie Lewis - OnionScan: Practical Deanonymization of Hidden Services [02 Feb 2017]
Dr Gareth Owen Tor: Hidden Services and Deanonymisation
https://media.ccc.de/v/31c3_-_6112_-_en_-_saal_2_-_201412301715_-_tor_hidden_services_and_deanonymisation_-_dr_gareth_owen
2014, évènement 31c3
Lien youtube

Des approches plutôt quantitatives (2 conférences_communications ci-dessus)...

Jamie Bartlett,
How the mysterious dark net is going mainstream, 2015
https://www.ted.com/talks/jamie_bartlett_how_the_mysterious_dark_net_is_going_mainstream

How Tor Users Got Caught - Defcon 22
by Garrett Fogerlie publiée en 2015
alt.link : https://archive.org/details/youtube-7G1LjQSYM5Q

Des approches plutôt qualitatives (2 conférences_communications ci-dessus)…

Pénétration informatique

Les artistes récoltent des activités d'autres mondes et réfléchissent à leurs effets pour produire à leur tour des objets rapportés, extraits de leurs environnements d'origine et donc de leurs modes d'existence et de médiation. Rendre visible l'invisible ou l'éloigné du spectre du connu, fait partie de leur fonction. Proposer une recherche qui fasse création signifie aussi produire non pas uniquement des synthèses abouties d'un cheminement mais aussi des prototypes ou design adaptés pour faire apparaître. Il y a donc dans les technologies de cryptage décrites comme science_art du secret, une certaine façon de brouiller la transparence d'un message, sa clarté sans superflu, sans filtre intermédiaire, sans zig-zag ou pli*, sans équivoque. Les artistes ont tendance à produire des discours_formes qui laissent ouvert aux interprétations du public et l'affectent.

Les artistes produisent des prototypes, des étapes intermédiaires, se préparent dans leurs laboratoires_ateliers_résidences jusqu'à ce qu'ils aient matière à exposer et confronter aux publics. Ils n'explicitent pas nécessairement leurs méthodologies même si leurs pratiques en produisent d'office. Ils ont besoin d’acquérir des compétences qu'ils apprennent ou rassemblent et c'est la façon dont ils agencent ces techniques, dont ils les utilisent selon leur intention, qui justifie la reconnaissance de leurs productions comme artistiques (autant que le contexte d'accueil méta aux œuvres qui leur donne ce statu et crédit).

Ransonware Wannacry (2017) infos

Logiciel fuité de la NSA via leur sous-traitant Shadow Brokers https://theintercept.com/2017/05/12/the-nsas-lost-digital-weapon-is-helping-hijack-computers-around-the-world/
Multiple Microsoft SMB (Wannacry/Wannacrypt/Petya/Goldeneye) vulnerabilities

Des ransonware d'un nouveau type (dont Wannary, Petya, etc.) cryptent les données de l'ordinateur infecté pour rendre impossible leur lecture par leur propriétaire qui, contrairement à l'attaquant, ne possède pas la clef permettant de les décrypter (d'effectuer le geste inverse pour récupérer les fichiers en l'état d'origine). Ce type de procédé malfaisant s'est propagé sur des parcs d'ordinateurs en réseau, en profitant d'une faille sur le protocole d'échange de fichiers SMB. Cette faille de protection découverte par la NSA et souhaitant bénéficier de cet avantage stratégique en le tenant secret a donc été employée par des criminels rançonner des entreprises_institutions afin obtenir de l'argent en crypto-monnaies. Cette attaque virale se basait sur l'usage d'un standard très rependu pour se répliquer. Cet exemple amande en faveur d'une vision trop rependue selon laquelle le seul intérêt des crypto-monnaies serait pour le moment réservé aux usages criminels (nécessitant d'échapper aux institutions surveillantes, banques, états, etc).

Un ransonware ou virus informatique produisent une performativité et un esthétisme. Es une œuvre s'il on considère comme premier la performativité interactive d'une œuvre à produire des effets ? Faut-il en faire l'archive et archéologie pour maintenir ce code comme patrimoine numérique ? L'usage des outils de cryptage font souvent les gros titres pour parler d'attaques informatiques, de hacking de balckhats mais ces technologies ont aussi des usages bien moins spectaculaires et positifs (on cite volontiers leurs usages en sécurité informatique ou celui des crypto-monnaies par des populations n'aillant pas de moyens de transaction monétaire dans les pays immobilisés par des dettes ou organisations telles WikiLeaks interdit bancaires).

Un hack ou révélation d'un lanceur d'alerte révèle et affecte le devenir social et politique des sociétés qu'ils visent et dont ils révèlent certains fonctionnements à un impact direct et non pas rapporté au sein d'un bac-à-sable protégé d'un lieu d'exposition responsable.

Visiter un site dangereux et l'exposer à autre que soi, en faire une exhibition publique auprès d'un public non consentant est dangereux et irrespectueux. Il est compréhensible que des lieux d'accueil refusent de créer des polémiques et refusent par exemple l'exposition de contenus potentiellement choquants. Si un individu souhaite faire des vidéos au sujet de sites web illégaux ou du darknet il peut le faire avec sans doute plus d'aisance dans le cadre d'une activité privée que dans une mise en scène dans un espace semi-public, ouvert à tous. Pareillement des lieux de fête sont réservés aux adultes pour ne pas inciter les plus jeunes. Mais ce filtre, ce choix des pratiques et des usages est problématique, elle induit une forme de censure et d'uniformité. L'espace privé_exclusif ou d'exception permet des activités particulières qui pour certaines sont plus tolérables en fonction de leur statut et de leur exposition.

Ainsi un vidéaste peut, tant qu'il le fait pour vulgariser un propos et qu'il prévient son public d'un possible contenu troublant ou inadapté, proposer des visites sur le darknet sans être à priori embêté. Exemple d'exploration du darknet Tor {dans l'espace privé d'un domicile} :

Il ne fait rien d'illégal. C'est bien plus le statut entre deux (privé-public) qui confère aux espaces artistiques un rôle d'entre deux (espace observé_surveillé et protégé, d'exception) qu'une longue tradition de débordement et de libération des mœurs a habitué à une inventivité et excentricité des pratiques et actions. Une tradition romantique de l'art subversif, dépassant les limites et tabous, lieu de culte et catharsis. L'acte délictueux, illicite, amoral n'a de rôle révélateur des limites de la société qui l'accueil qu'exposé au sein de ses institutions civiles dont les galeries et tribunaux font à leur façon partie. La désobéissance civile use des portes voix de la justice comme scène de ré-évaluation de ce qui est juste, d'une ré-interprétation des lois.

Par exemple, une performance hallucinée ou les propos haineux_violents (hors des cannons acceptables de son époque le jugeant culturellement comme "mal", comme limite) ne heurtent que parce qu’ils sortent du champ de la retenue individuelle, de la timidité, de l'intériorité (en soi, chez soi) pour s'exprimer publiquement, dans l'expression subjective d'individu qui s'expose. Que le rôle de l'art soit de révéler, de médiatiser par le fait de rendre visible, de formaliser une information est tout naturel. Il n'y a là rien d'extra-ordinaire : l'exposition expose des monstres (montre, démontre, présente, représente). De plus, les arts comme scène politique d'affrontement d'opinion et d’émancipation des mœurs ont ils encore nécessité d'être dans notre monde sur-informé par le scandale et les informations à signaux forts ?

Geoffroy de Lagasnerie, L'art de la révolte : Snowden, Assange, Manning éd. Fayard, Paris, 2015

Comment justement ne pas confondre les pratiques de sensibilisation (acte de proposer une alternative culturelle, d'ouvrir l'autre à une perception inconnue) de celles visant à la réactance, à l'interaction si chère à notre époque qui produit sans arrêt des besoins d'occupation et d'attention ? Inversement, la neutralité_objectivité de propos et l'accès à un tout public est problématique. C'est de cette élasticité avec le tolérable avec laquelle jouent les artistes en actualisant un ensemble de référents culturels liés à leur pratique ou au sujet qu'ils abordent par leurs œuvres_manifestes_performances_projets.

http://cryptoanarchy.wiki
Logo d'un wiki http://cryptoanarchy.wiki (eng.) au sujet des crypto-anarchistes...

La désobéissance non civile des balck_blocs [vus plus avant dans la vidéo de Metahaven Black Transparency], des lanceurs d'alerte anonymes [sujet du livre de Geoffroy de Lagasnerie, L'art de la révolte : Snowden, Assange, Manning], des sans drapeaux, des sans noms, court-circuite les institutions et moments de la délibération politique dialogique avec la puissance que produit l'anonymat sur les sujets libres d'être et d'agir tant qu'ils restent hors d'atteinte de toute historicité_enquête, retour au public. C'est la réinvention dans la façon de faire la guerre sans somation ni territoire_temps établi ce qui en même temps assoit la critique faite à Internet, parfois à tord dans ses effets, d'une incivilité {due à la perte de confrontation à l'autre, à son visage faisant de lui un semblable_humain et avec qui, plus que de me connecter, je raisonne en miroir}. Comment s'ouvrir à l'autre en bonne intelligence sans y être tout à fait perméable ? Quelle distance opérer entre soi et l'inhumain, la folie, la démesure ?

« Peu importe pour qui ils votent, nous sommes ingouvernables » (2008). illustration sur la page wiki : "black bloc" (fr)

Anonymat : laboratoires contre la surveillance

Menace sur nos libertés: Comment Internet nous espionne. Comment résister (interview-échanges entre Jacob Appelbaum, Andy Müller-maguhn, Jérémie Zimmermann, Julian Assange (ed. Robert Laffont, 2013)

Les réseaux d’anonymisation qui retirent aux émetteurs leur identité, leur origine, semblent porter la marque du chaos, de la démesure et du crime potentiel dès lors que l'on essentialise l'homme comme égoïste, mauvais par nature, dès lors qu'il s'échappe des contraintes sociales. Un individu marginal que la société éloigne ou maintient à distance de ses intérêts propres et qui, redevenu seul, profite de cette liberté pour agir contre les lois, les normes, l'ordre extérieur, celui du monde. À mon sens les darknets et le web profond, désindexé, répondent par opposition à un certain imaginaire nécessaire dans nos sociétés de la mise en transparence, de l'auto-contrainte_surveillance de l'individu vis-à-vis d'un étalon en projet. Des espaces qui permettent de vivre un anonymat radical, dangereux en cela qu'il crée du pouvoir hors des mains des états ou autres institutions. Ces espaces dans l'ombre du web transparent ont manifestement un rôle d’épouvantail, celui de l'anarchisme et des pratiques libertaires, celui de l'infocalypse (les trois abominations que les réseaux permettent d'exister ailleurs_autrement et qui justifient la surveillance des réseaux [propos tiré de Menace sur nos libertés] : la pédophilie, l'usage de faux et marchés noirs, terrorisme). Les réseaux obscures sont perçus en imaginaire comme des terriers, des maquis, des undergrounds, des cathédrales inversées, un iceberg (il varie, c'est le monde de la nuit, du sous-bassement).

Ci à droite : imaginaire tiré des représentations des enfers de Dante
(moralisation qui place le pire dans les profondeurs)

La Psychanalyse et la Science ont pour tâche d'expliquer le caché, de mettre en lumière des fonctionnements, de répondre à des interrogations, de diminuer l'ignorance et les croyances. Les logiciels de deep-learning, d'auto apprentissage par induction, reproduisent en creux des mondes (bottom-up) plutôt qu'avec un regard surplombant et surveillant (up-bottom). Ils sont expérimentaux et tâtonnent. Les pratiques exploratoires des artistes rapportent eux des mondes de cette façon mais qu'en proposant des mondes produits alternatifs qui n'ont pas de fonctionnalité reconnue socialement ils inventent des possibles. Ainsi, l'exploration des zones grises de nos sociétés où des pratiques sont en germe ou résistent aux interdits, de ces milieux d'expérimentation en avant-garde,d'inventions pérennes ou vouées à disparaitre, sont propices à des recherches qui fassent création.

Les darknets et deep web sont des laboratoires qui profitent à une liberté de transaction totale et donne à penser et expérimenter certaines dérives_déciances comportementales ou expérimentales (selon le point de vu). Ceux sont des lieux d'étude de marché et d'échanges dérégulés : d'un libéralisme accompli. Dans le même temps les technologies de cryptage offrent de lutter contre la surveillance de masse et la captation sauvage des données des individus et donc, des moyens de résistance numérique. Les crypto-anarchistes radicalisent dit-ont le principe de précaution contre les intrusions numériques d'un tiers que l'on sait omniprésent.

Anarchisme P2P / F2F

David Graeber, Bureaucratie, l'utopie des règles, éd. Les liens qui libèrent, 2015

Bonus : émission Radio France

L'anarchisme est souvent perçu comme luttant contre une autorité dirigeante, appliquant son pouvoir directement ou par le billai des institutions ce qui retire aux individus leur pleine autonomie. L'autonomie de partage et de pouvoir distribuée entre ordinateurs, pairs d'un même réseau (en P2P), fait partie des topologies favorisées contre la prise d'un pouvoir unique potentiellement autoritaire, unique et facile à corrompre ou à rendre inaccessible. Comment distribuer le pouvoir en société sans l'intermédiaire de bureaucratie qui trans-médiatisent les exécutants du pouvoir (usages de proxies) ? Les bureaucraties c'est aussi des pouvoirs contraignants et surveillants mais aussi "fruit paradoxal du libéralisme"* (thèse soutenue par David Graeber). L'anarchisme c'est aussi la dissolution des origines, des sources nommées, d'une politique qui passe par l’intérêt égoïste, un art (pour reprendre la pensée désabuse d'Anna Hardent dans La condition de l'homme moderne).

Evgeny Morozov : Contre l’Internet centrisme
"Une discussion avec l’essayiste Evgeny Morozov sur l’idéologie du tout Internet et l’idiotie de croire que la technologie est la solution à tout".

L'une des questions capitale est de décider quelles protocoles_logiciels offriront une indexation décentralisée des savoirs_ressources_ordre pour lutter contre des censures ou dépendances extérieures (diminuant les autonomies individuelles). Penser la mise en relation entre client et serveur et d'organisation des registres de mise en lien (DNS) permet de fonder des systèmes à priori résiliant (mais, tant que les entreprises ne développeront pas ce type de topologies elles seront réservées à des connaisseurs investis). ZeroNet, I2P, Tor, Dat, Bitcoin (etc.) avant inventent d'autres protocoles de mises en relations distribuées, plus ou moins sécurisés.

De nombreux artistes emploient ces technologies novatrices pour rendre compte de leurs potentialités. Leur support créatif aide à les imaginer, à se projeter pédagogiquement avec ou contre ces outils. Vis-à-vis de Dat qui permet d'héberger des sites de façon distribuée (hébergement) et d'éditer autrement des contenus on peut par exemple citer l'installation de Raphaël Bastide et Louise Drulhe, “Renaming the Web“, exposée à Rinomina, Paris en mai 2018 [plus d'infos par ici ou, en utilisant le logiciel Beaker Browser : dat://36652fc7932d5c8f59cb03c0d9325a7a123e560268815269ba747e477b526f41] :

La question de la décentralité du web fait l'objet de rencontres tels que : https://decentralizedweb.net. Il existe une scène technophile et/ou technocritique investie par ces questions et la démocratisation de ces usages (en terme d’accessibilité et de faisabilité).

Crypto : le secret comme arme

Le P2P fait, dit-on, partie des topologies de réseau favorisées par les Crypto-anarchistes parmi l'ensemble de disciplines informatiques qu'ils affectionnent pour lutter contre toute forme de pouvoir centralisé. Leurs moyens d'action sur le monde passe par la création de logiciels_manifestes. Un bout de code peut faire discours, promouvoir un certain pouvoir, une certaine vision à l'ère de l'information comme ressource_pouvoir, du travail comme service, de l'homme comme agent d'externalités flous portées par l'usage de technologies radicales.

Peter Ludlow,Crypto Anarchy, Cyberstates, and Pirate Utopias (ed. MIT, 2001)
cf. https://en.bitcoinwiki.org/wiki/Cypherpunk
Figures emblématiques soutenant les usages de la cryptographie, emblèmes de la constellation Crypto-anarchiste _ Cypher-punk
From: tcmay@netcom.com (Timothy C. May) 
Subject: The Crypto Anarchist Manifesto
Date: Sun, 22 Nov 92 12:11:24 PST
https://www.activism.net/cypherpunk/crypto-anarchy.html

Bonus Manifestes :
https://github.com/greyscalepress/manifestos

Illu. tirée de l'article de Guillaume Helleu et Anthony Masure, « Total Record. Les protocoles blockchain face au post-capitalisme », Multitudes, no 71, dossier « Dériver la finance », été 2018, [En ligne], http://www.anthonymasure.com/articles/2018-05-total-record-blockchain

Dans leur article Total Record. Les protocoles blockchain face au post-capitalisme (op. cité) les auteurs rappellent entre SF et manifestes les premières mises en désir ou concept des crypto-monnaies :
http://www.anthonymasure.com/articles/2018-05-total-record-blockchain#anchor4

Voir aussi :
Au-delà du Bitcoin  :
usages et pratiques des technologies blockchain
Communication de Anthony Masure avec Guillaume Helleu dans le cadre de la journée d’étude « Monnaie Humanum Est », dir. Brice Genre, université Toulouse – Jean Jaurès, master DTCT, 5 février 2018
http://www.anthonymasure.com/conferences/2018-02-design-bitcoin-blockchain-toulouse

Les gérants du WWWeb

Différents formats d’édition pour «l’Atlas critique d’Internet». © Louise Drulhe -- article Makery

Louise Drulhe produit depuis quelques années des objets graphiques_conceptuels qui permettent de saisir les enjeux liés aux technologies d'Internet et plus largement des pouvoirs de gouvernementalité à l'œuvre sur les réseaux d'ordinateurs. Artiste_chercheuse, elle formule un regard critique sur ces technologies de contrôle et de surveillance. Elle tire des hypothèses, produit des supports réflexifs analogiques qui font référence à des topologies humaines, des mondes analogiques finis pour penser les transformations qu'imposent les industries numériques de médiation et d'information du monde.

De tels supports pédagogique_didactiques, donnent à comprendre des technologies complexes, en font une généalogie synthétique en offrant des couplages conceptuels nécessaires pour opérer une critique de ces objets ramenés à des symboliques analogiques, des territorialités entendables. Ils posent donc des questions, ouvrent à de possibles débats quant à leur devenir.

Avenirs technologique : la valeur futur

Benjamin Loveluck, Réseaux, libertés et contrôle
Benjamin Loveluck, Réseaux, libertés et contrôle : Une généalogie politique d'internet, éd. Armand Colin, 2015

Une large littérature et œuvres font état des débuts d'Internet et moments qui précèdent. Un travail de clarification sur les intérêts originaux qui tend à mon sens à comprendre_évaluer la virtualité historique d'ensembles d'évènements pour saisir un avenir. Une certaine fascination pour les petites histoires, les successions de volontés_énergies qui ont mené à l'avènement d'un prototype / protocole plutôt qu'un autre. Une façon de comprendre les origines louables et perspectives des concepeurs·trices, leur état d'esprit à leur époque.

Dans le cas de Satoshi Nakamoto on cite généreusement les sub-primes comme berceau spatio-temporel de cette découverte_création. Raconter, conter à nouveau, faire l'histoire, raconter l'histoire en la faisant (story-telling), se projeter à partir du réel construit et vérifié, se rassurer par lui, anticiper et scruter le devenir de l'humanité que l'on sait porté_transformé par des technologies “disruptives” : telle semble être la motivation principale de ces récits_recherches pour comprendre les mondes qui émergent, les anticiper, les objectiver.

[ Fred Turner ] • From Counterculture to Cyberculture: Stewart Brand, the Whole Earth Network, and the Rise of Digital Utopianism, 2006 http://fredturner.stanford.edu/books/from-counterculture-to-cyberculture/
Historical DiagramsFrom Diogenes of Sinope to Anarcho-Primitivism and the Unabomber via Science-Fiction (exposition Hexen) par Suzanne Treister 2009-2011

Se joue dans la narration de ces mythologies fondatrices, au delà d'une possible mélancolie romantique (face au ça à été), l'enjeu peut-être aussi de rappeler toujours le cratère social_humain_culturel qui pousse à l'essor_émergence des technologies qui deviendront naturelles standards_banalisées. Si elles peuvent s'imposer à défaut comme meilleurs moyens d'économie (d'énergie ou d'attention), elles parviennent aussi à être élues puis portées comme viables du fait de leur désirabilité de départ, vis-à-vis d'un programme_contrat social plus ou moins défini ou en formulation. L'hyper rapidité avec laquelle nos sociétés ont intégré les énergies fossiles, les moteurs abolissant les distances, {augmentant les temps de loisir et la délégation des taches vitales au profit des sociétés de service et de la réputation (valeurs symboliques, spéculations financières)} puis {la distribution de l'information_ordres numérisés et leur transport en réseaux (input-[black-box ou proxy]-output)} a bouleversé l'humanité, sa perception du temps, des corps, du lointain, de son environnement modifié par ces industries.

Bitcoin et Smart-Contrats

Ainsi on peut comprendre la nécessité de situer ces avancées dans des continuités et de repenser la distribution des pouvoirs qu'elles produisent afin qu'elles ne profitent pas toujours aux mêmes. Comme le rappel par moment l'article de Anthony Masure et Guillaume Helleu Total Record. Les protocoles blockchain face au post-capitalisme (cité plus avant) Internet comme l'architecture décentralisée idéale d'une blockchaine devrait profiter à un pouvoir bottom-up (du bas vers le haut), des utilisateurs aux dirigeants, des populations médiatisant leurs transactions par des monnaies (objets symboliques de valeur) aux institutions d'agentivité (banques_états) et non l'inverse. Un idéal de l'empowerment (encapacitation) retrouvé conjugué comme commun. L'enjeu reste donc de produire de nouveaux pouvoirs "décentralisés", rendus aux individus souverains.

Les smarts-contrats et applications décentralisées (dApp) donnent à penser des automatisations de tâches, d'ordres et de transactions, faisant l'économie d'intermédiaires bureaucratiques chargés de vérifier et certifier le bien fondé de leur exécution. Faire l'économie de bureaucraties qui sont le symptôme des sociétés socialistes (au sens de régulatrices) c'est aussi potentiellement, selon une vision plutôt dystopique, accroitre considérablement l'automatisation des contrôles et l’exécutions de contraintes_sanction_récompense sans jugement actualisant, ré-affirmant le bien fondé.

Donner le pouvoir aux algorithmes, aux boîtes noirs, aux logiciels faisant loi, peut faire peur quant aux régimes de vérité que de tels mécanismes de jugement produisent. Ou, à contrario, en tant qu'outils de transparence démocratique, faire imaginer des systèmes de vérification_réaction qui profitent à une régulation positive, à de nouvelles mises en valeurs qui, par exemple, fassent fi des spéculations ou indexent les externalités d'un produit (positives ou négatives) OU encore limitent la consommation par individu et par jour. Ce qui est questionné par la valeur référente des monnaies c'est aussi sa captation, sa durée de vie et distribution par les salaires selon des rapports de force entre classes socio-économiques aux intérêts culturels divergeant. Un système qui garantisse une liberté individuelle ET une équité entre les pairs reste à inventer.

En attendant il semble, selon certains discours, que penser l'implosion du capitalisme plutôt que sa fin soit aussi pragmatique que désirable. L'urgence de trouver d'autres modalités de vie qui ne reposent plus sur l'extractivisme de ressources_énergies nécessaire pour assouvir nos désirs immédiats par la consommation de produits de plus en plus externalisés. Le défit de redonner sens et direction à nos vies organisées autour des croyances modernes, en les sciences, les technologies, doivent être critiquées, repensées conceptuellement et par des modalités d'action qui passeront par la résistance au néo-libéralisme fondé sur le pragmatisme et l'utilitarisme hédoniste.

Comment les artistes rendent-ils compte des extrémités_externalités invisibles mais dont nos sociétés dépendent. Quelle représentations faire de ces réseaux financiers, de ces paradis de l'obfuscation fiscale {qui profitent à des états qui sinon n'auraient pas les moyens d'exister}, des marchés noirs, rouges ou roses, dérégulés, qui cherchent à échapper aux surveillances ? Comment rendre compte des options qu’offrent les crypto-monnaies ? Comment rendre compte des techniques de décentralisation des pouvoirs étatiques, de mise à distance des systèmes de surveillance maillés en réseaux dépendants ?


¥€$ (économie de rétention)

L'économie mondialisée, sa complexité spéculative, induit des cyclicités qui affectent des tribus qui ne se sont jamais côtoyées sinon en tant qu'actifs ou portes-feuilles d'actions ou de clients. Les thèses effondrement de nos écosystèmes et ressources qui le rendent possible comme idéal le libéralisme programment la fin du régime capitaliste. D'autres arguent sur son insoutenabilité ou possible débordement interne (dérivation) amenant à une réparation et réévaluation de la valeur (Multitudes 71, Deriver La Finance, mai 2018). [***]

Comment faire imploser le capitalisme ? En attendant, par jeux ou par curiosité des artistes explorent des pratiques capitalistes cherchant elle aussi toujours plus de liberté d'entreprendre en diminuant les intermédiaires ou tiers de confiance (dépôt fiduciaire, escrow). L'économie mondialisée et libérale tend à généraliser par exemple les échanges de gré à gré (Over The Counter), sans que les transactions soient intermédiées ou vérifiée par une institution tierce. Ces démarches qui diminuent les interfaces de sociabilisation (humains) sont prodigués comme mythe de l'harmonisation d'un marché ou tribu et font fis des violences, des terrains. C'est le monde de la virtualité, de la prise de risque, des experts_consultants (qui la produise pour enfin évaluer et maîtriser maîtriser un marché).

Au sujet de l'installation_expérience d'occupation temporaire d'un espace bancaire sécurisé en ligne (rendu mutuel, ouvert) réalisée par le collectif d'artistes Société Réaliste (en 2012), Over The Counter se rendre sur :http://www.riam.info/2012/05/04/644/

Ce qui est intéressant dans cet espace privé rendu public c'est de voir comment les algorithmes tendent à ré-sécuriser cet espace perçu comme attaqué, activé_ouvert_accédé de trop de localisations différentes. Mais aussi d'observer dans l'occupation temporaire de ce compte bancaire l'expérimentation à ciel ouvert d'Internet comment un espace rendu commun attire convoitise et intérêts égoïstes, comment se manifeste des formes d'attaque informatique.
Permanante Economic Zonne de Thierry Verbeke

Le collectif Rybn à réalisé récemment une exposition : The Great Offshore, sous la forme d'une visite de terrain (basée sur les fuites dites des Panama Papers). Ici le lien vers leur schématisation d'un montage d’offuscation financière pris comme protocole : http://rybn.org/thegreatoffshore/index.php?ln=fr&r=2.ALGOFFSHORES. D'autres artistes ont travaillé sur les notions d'offshore dont Thierry Verbeke et son installation Pirater le réel /// P.E.Z. : https://news.vincent-bonnefille.fr/2016/01/27/macro/.

Des Golems technologiques issus d'une maîtrise métrique par le calcule qui parfois débordent, déraillent, dysfonctionnent et dont le collectif Rybn faisait l'autopsie en 2014 autour du crash boursier dû à un glitchalgorithmique en mai 2010. Il avait créé des mouvements de panique boursiers et fait perdre des milliards. L'enjeu de la réduction des distances, de la compression du temps est un enjeu majeur qui augmente dans nos sociétés du risque et de l'entreprise éminemment guerrier, aillant intégré des valeurs de lutte dans ses moyens d’existence tactique. Une conséquence parmi d'autres, le fait d'une prédation et précarité entre les individus, entre eux et leurs désirs, un enchaînement qui produit égocentrisme et perte de confiance (avoir foi avec_en).

En dehors de son spectaculaire impact ce phénomène catastrophique donne à voir et croire en une fragilité d'un système assisté par algorithmes et rappel combien nos mondes en sont dépendants ; en quoi son effondrement s'il peut être souhaité n'en reste pas moins dangereux si les réalités tangibles qu'ils impactent ne sont pas résilients et pensées pour y survire.
Détail sur le flash-crash
Tracés de ces installations dédiées au THF
sur le territoire américain entre deux marchés financiers

Les technologies du Transaction à Haute Fréquence (THF) sont les outils d'une finance qui tend à son automatisation algorithmique, à plus encore d'agressivité sur les marchés en produisant des logiciels d'attaque, de défense de position, de blocage par saturation, par replis. Des langages détenus par des puissances qui avec le THF gagnent encore davantage de nano-secondes de calcules en transportant l’information encore plus vite. Ces réseaux nécessitent des infrastructures spécifiques (géo-politique) mais aussi des protocoles adaptés. Cette pratique spécifique à certains marché est contestée mais illustre un état de la financiarisation qui poursuit le rêve en informatique d'une puissance de calculabilité en temps réel : celui de l’immédiateté, de la non médiation dans le transport d'une information.

Ils produisent surtout des protocoles et réseaux fermés, hermétiques, opaques (on l'a trop dit) sans que ne vienne l'idée de les appeler des Darknets. En faire ainsi étendrait la perception de ces réseaux décrits comme nécessairement overlay à Internet (profitant de son infra-structure). Les réseaux de THF sont réservés à des usages exclusifs tout comme les hubs / plateformes fermées (telles des gated-communities produisant des sociétés d'entre-soi, filtrantes) ou encore les réseaux Intra-nets, aux webs isolés comme le sont les Internets souverains de la Coré du Nord et autres états dérogeant à la liberté de leurs citoyens.

Ce qui est mis en avant ici c'est l'aspect particulier des échanges qui sont produits par des protocoles adaptés, localisés ou ad-hoc. Ces étrangetés vernaculaires sont plus ou moins accessibles en réseau et sont créatrices de phénomènes qui peuvent inspirer les artistes.
Page web de Rybn.org dédiée à ADMXI
Visite de l'exposition The Grate Offshore (2019)

Algoffshore rend compte des étapes nécessaires pour monter un compte offshore. Ces étapes protocolaires permettent de cacher des informations aux états souverains d'où viennent les clients qui montent ces dispositifs d'invisibilité, d’offuscation informationnelle, de dissolution de l'identité première. Un enchaînement logique, un algorithme de retrait des espaces politique gérés par les états et appareils exécutifs de la justice.

Algoffshore, graphique réalisé par Rybn en 2019, relate les étapes dans le processus de création d'un compte offshore à consulter sur leur site
La sorcellerie capitaliste
Pratiques de désenvoûtement
Philippe PIGNARRE, Isabelle STENGERS

À l’abstraction mathématique et rapidité d'exécution d'ordres_décisions il faudrait peut-être retrouver une rationalité du palpable, du visible, du dicible, de l'anti infra-mince ; contre la sorcellerie du capitalisme, opérer une transparence comme si en effet observer_surveiller suffisait à enrailler le pouvoir, à couper les flux. Rybn

RYBN, durant la conférence the algorithmic trading freak show organisé avec la Gaîté lyrique cite La sorcéllerie capitaliste (en 2014) : https://www.eyedo.tv/fr-fr/#!/Live/Detail/15726 .

La calculabilité irrationnelle donnant des pouvoirs magiques_médiumniques inspire les artistes qui tentent de comprendre nos sociétés envoutées par le capitalisme par lequel le libéralisme s'insinue et ordonne nos forces d'agir volontaires.

Installation de Hugo Brégeau met en scène les variations du CAC40 (métrique, écarts de valeurs) en écarts audibles comme une partition automatique, infinie.
Cf. http://pointcontemporain-pratiquescritiques.com/marion-zilio-cash-check-charge-or-art/

Julien Prévieux : oracles

Pseudo-science, occultisme divinatoire, magie noire, oracle spéculatif... Julien Prévieux joue avec les textes majeurs des sciences économique pour proposer dans leurs entrailles une certaine lecture projectile (qui vient moquer ou rire des discours économistes produits par-avec le capitalisme qui s'efforce de se présenter comme naturel, systémique).

Forget The Money (ci-contre, à droite) vient récupérer les rebus mis aux enchères suite au procès de Madoff pour extraire de sa bibliothèque certaines de ses lectures pour ainsi approcher du-dedans sa pensée malade / géniale et se projeter dans son monde : un travail d'extraction du réel, du vrai intime extrait comme donnée. Les sources, l'inconscient d'un capitaliste érudit est ainsi mis en scène.

Julien Préieux, Forget the Money, 2011. Livres de la bibliothèque personnelle de Bernard Madoff (conseillé crédité à l'origine d'une escroquerie - système de Ponzi)
"Lettres de non-motivation, projet en cours", débuté en 2000 © Julien Prévieux

Il s'agit dans ce cas d'un échange épistolaire entre un demandeur fictif d'emploi (l'artiste) répondant avec humour à une petite annonce (souvent pour un emploi peu rémunéré ou faussement attrayant) suivi de la réponse de l'annonceur (souvent automatisée). Il s'agit ici plutôt de relever des mécanismes de mise en conformité et d'intermédiation logicielles qui produisent de la distance temporelle mais aussi physique au sein d'un rapport de pouvoir établi. Cette administration éclaire une partie banale de la mise en disposition de temps de vie distribués par un marché de la mise en disponibilité des individus traités comme une masse.

Article très complet : https://www.pca-stream.com/fr/articles/tractatus-economicus-artisticus-l-art-et-la-maniere-de-julien-previeux-aventurier-es-economie-77

À mon sens ces artistes font du reportage, de l'information de mondes inconnus, réservés au privé. J'y vois des moyens de médiatiser un monde anonyme construit en réseaux. Un travail d'investigation qui produit des phénomènes et qui rempli peut-être l'un des rôles souvent donné aux artistes d'êtres médiums (du fait de l'équation abstraite dans laquelle l'œuvre et le spectateur se rencontrent en son absence bien que sous son influence). Un travail d'objectivation du réel documenté. Une pratique qui peut faire penser au travail graphique de mise en relation d'information euristique de Mark Lombardi.

En définitive la qualité de l'information produite par un artiste dépend des techniques employées, de la mise en récit qui invoque une part conséquente de réel en commun avec le public, sphère des regardeurs_promeneurs et de la société politique qui les contient avec ses lois, ses principes moraux et croyances. Le réel est plus construit que ce que l'on qualifie de réalité. Ce qui m'importe ici ce n'est pas tant de savoir si les artistes produisent des vérités objectives rapportées d'autres mondes qu'ils exhibent et publicisent à l'attention de leurs contemporains mais bien d'observer ce rôle de médiateurs institutionnels à produire des hypothèses et récits.


Un système protocolaire d'échange de données (monétaires tel Bitcoin) décentralisé, ne nécessitant pas l'intervention d'un tiers de confiance pour en vérifier l'authenticité (certification), offre une liberté désinstituée surtout s'ils échappent à tout registre ou index, à tout historicité. Un système de contrôle distribué qui surtout empêche la double dépense, l'envoi simultané et double d'une information (chacune identifiée comme unique). Une économie qui profite à des populations qui n'ont pas accès des liquidités sans banque.

Penser et observer ces technologies, les employer dans des œuvres, y avoir recours, en observer les effets, consolide leur réalisation, habitue et banalise leur usage ou questionne leurs potentiels de transformation sociale. Comprendre et exposer les fonctionnements de nos économies mondialisées, les règles et leurs écarts, permet d'en apprécier les fondements, les logiques morales et éthiques, d'en vérifier les imaginaires construits. Les zones d'ombres au capitalisme cognitif et l'indexation du monde numérisé laissent croire à une lutte gagnée ou à mener sur les terrains numériques. Pour autant, la recherche de pouvoir sur d'autres terrains politiques et sociaux reste nécessaire.

Les technologies de cryptage sont avant tout des moyens de restituer des pouvoirs là où les états ou sphères extérieurs oppressent l'individu, homme, femme, qui ne peut s'en défaire. Une recherche en thèse sur les réseaux d'obfuscation et moyens de distribuer le pouvoir sans autorité tierce, oblige à réfléchir et observer une constellation d'applications performatives possibles ou envisageables. Les artistes sont là aussi pour narrer à leur façon ce que peuvent ces moyens médiatiques pour inventer d'autres façons de faire de la politique et d'instituer le pouvoir.

L'argent comme agent social d'auto-contrainte par l'accès normalise un contrat social tellement ancré qu'il est dur voir impossible de penser nos interactions sans l'usage de cette écriture performative, contractuelle (quand dire c'est faire… qui produit des effets d'agir). Penser la liberté comme objectif prioritaire dans nos sociétés libérales occidentales est d'ailleurs assez intuitif comme travail. Notre projet n'est pas de faire de l'anti-capitalisme primaire mais vise plutôt à penser les extrémités du capitalisme en élaborations. Les pratiques artistiques qui traitent de ces questions semblent toutes nommées dans le but d'en objectiver les effets et de produire des hypothèses aussi bien sur les pratiques contemporaines qu'à venir.

La dématérialisation des moyens de paiements et l'investigation des banques et investissements privés dans l'industrie des crypto-monnaies montre un engouement certain en la croyance d'un nouveau capitalisme qui n’abolira pas tout d'un bloc la spéculation qui virtualise l'économie mais peut y participer. De ces hypothèses et espoirs divergents les artistes se font les passeurs et relatent à leurs contemporains des mythologies actuelles. Celles de lanceurs d'alertes contre de toutes puissances institutions et en rejouent les gestes ; de multinationales fuyant la fiscalité de leurs pays dans les paradis ficaux ; la dévaluation symbolique de pouvoirs centralisés dans et par les marchés noirs de faux passeports, billets de banques ou par l'économie parallèle de vente de drogues, stupéfiants et médicaments.

Un art contemporain qui frôle l'illégalité, questionne parfois en billai les rapports de pouvoirs entre institutions muséales_étatiques au risque de se jouer martyres de la censure au sein de sociétés qui, malgré leurs conservatismes, laissent faire plutôt que de s'attaquer à la sainte liberté d'expression. La lutte perpétuelle entre états-souverains et multinationales prônant le freeflow et laisser faire libéral n'a pas de raison de diminuer et l'hypothèse d'un anarcho-capitalisme en devenir est à étudier, imaginer. Les limites de la liberté individuel comme seuil juste et éthique (face à une liberté d'agir infinie, absolue, dérégulée) pose très vite des dilemmes dont certains sont insolubles sans le secours de la philosophie et l’instauration de valeurs de croyance produites par la logique (qu'elle soit rationnelle, pragmatique ou non).

Il était plus avant question de l'exposition d'opinion et d'agir dans la sphère publique, au sujet de la désobéissance civile et du gardé à soi, de la non expression et de a confrontation à l'autre qui me responsabilise.

Limiter la démesure humaine, prévenir la folie et l'orgueil (hubris) fait partie des enjeux sociaux primordiaux que les éducations et contraintes_mérite instaurent et justifient par sur_sous-veillance : par obligation extérieurs ou intégrée, éradiquées du champ des possilbles. Cet enseignement laisse ensuite à chacun le sentiment renouvelé de toujours appliquer la meilleure décision dans sa vie sous le prisme de sa conscience qui semble souveraine à un sur-moi éveillé.

Et c'est l'un des dangers des surveillances_archives numériques que de définir des possibles par les statistiques fournies par des logiciels de prévision. Les articles d'Antoinette de Rouveroy sont très cités pour comprendre en quoi les boîtes noirs et la délégation de nos prises de décisions à des algorithmes est un danger pour un ensemble de raison, contre certains droits dont celui de l'oubli (et de la bifurcation).

Elle argue d'ailleurs que l'anonymat n'est qu'une solution en soit très partielle dans la lutte contre les dispositifs de contrôle numérique et de valuation des individus (dont les activités et données sont anonymisées). Ce qui est transformé c'est la façon dont nous vérifions l'actualité du réel, que nous débattons et prenons décision. Ce qui est mis à mal c'est un certain régime de vérité.

Ces dispositifs de surveillance sont néfaste pour les individus qui, s'ils veulent changer de vie, se recéler ou simplement changer de vie, doivent faire avec la réalité de leur condition de classe, leur parcours hérités ou construits. Des modalités d'historicité qui diminuent la potentialité d'une expérimentation de vie autre, librement, pour tout un chacun.

Multitudes 2010:1 (n° 40)
Du contrôe à la sousveillance comportait un très riche article d'Antoinettte Rouveroy

Nous voulons soutenir que l’une des conditions nécessaires à l’épanouissement de l’autonomie individuelle est, pour l’individu, la possibilité d'envisager son existence non pas comme la confirmation ou la répétition de ses propres traces, mais comme la possibilité de changer de route, d'explorer des modes de vie et façons d'être nouveaux, en un mot, d'aller là où on ne l'attend pas, voir même là où il ne s’attend pas lui-même.

Rouvroy, Antoinette et Thomas Berns.
« Le nouveau pouvoir statistique. Ou quand le contrôle s'exerce sur un réel normé, docile et sans événement car constitué de corps “numériques”... », Multitudes, Du contrôle à la sousveillance vol. 40, no. 1, 2010, pp. 88-103.
https://www.cairn.info/revue-multitudes-2010-1-page-88.htm
• Citée ici aussi dans la ressource-o-thèque sur la surveillance co-produite avec mes amiEs du collectif Kabane :
http://kabane.org/thema/surveillance/#start.head.147515750743
Corpus collectif autour de la surveillance_contrôle
(2016 - Kabane)
http://kabane.org/thema/surveillance/
Carte organisationnelle réalisée en 2017
http://vincent-bonnefille.fr/index/map/v2/#darknet

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